Voyage au paradis - Un mois dans l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande

Voyage au paradis - Un mois dans l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande

L’île du Sud de la Nouvelle-Zélande est bien moins peuplée que sa voisine du Nord, mais n’en demeure pas moins intéressante en terme de paysage brassicole. Les brasseries artisanales y sont nombreuses, les bars à bières également et surtout, c’est dans cette partie du pays que l’on fait pousser les houblons Néo-Zélandais les plus réputés au monde (Nelson Sauvin, Riwaka ou encore Motueka pour ne citer qu’eux).

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Les 3h30 de traversée en ferry au départ de Wellington pour rejoindre l’île du Sud représentent un spectacle à part entière. Que ce soit au départ comme à l’arrivée, les paysages croisés sont époustouflants de beauté, entre récifs abrupts, océan à perte de vue et nombreux animaux marins... Une fois l'émerveillement passé et le ferry accosté, je roule en direction de Kaikoura pour mon premier arrêt du roadtrip. Cette ville, plutôt touristique, se situe sur la côte Nord Est de l’île du Sud et accueille une des seules colonies de baleines du pays, mais également une trentaine de phoques sur sa pointe sud-est, tout en proposant de nombreuses randonnées autour de la ville. Il fait beau, il fait chaud et après une journée bien remplie, il est temps de déguster ma première bière face à l’Océan Pacifique : j’opte pour la Woodrose de Parrot Dog, une American IPA très balancée entre arômes de malt et de houblons. Je la déguste en regardant le soleil se coucher derrière l’océan, avec cette douce impression de déjà toucher du doigt le bonheur, à peine 24h après mon arivée.

Située à 2h de route de Kaikoura, Christchurch est la première grande ville sur mon chemin, tragiquement connu pour l’important tremblement de terre qui a frappé la ville en 2011, blessant plusieurs centaines personnes et faisant plus de 185 morts. En arrivant sur les lieux, la tragédie est encore omniprésente malgré les 7 années écoulées, tant la ville semble en travaux permanents. Une belle ambiance se dégage tout de même des environs, entre street art, parcs, restaurants et bars branchés, je prends plaisir à découvrir la ville sous le soleil et 28 degrés. Je n’ai que peu de temps sur place, j’en profite donc pour me rendre à la micro-brasserie The Fermentist, plutôt vide aux alentours de 13h.

Le lieu est chaleureux, avec une omniprésence de bois et de briques. Le staff me présente la gamme à la pression, j’opte pour un “tasting paddle” composé d’une NZ Pale Ale, d’une Pilsner, d’une American Brown Ale et d’une Black Lager. Les bières sont bonnes, sans être transcendantes, la brasserie se concentrant plutôt sur “l’accessibilité à tous” de sa gamme. Côté nourriture, The Fermentist travaille son menu en fonction des saisons, cuisinant des produits frais, issus de filières locales ou de son propre jardin, situé à l’arrière de la brasserie. La carte s’en ressent, avec un choix restreint mais de qualité et des plats ayant l’air tous plus délicieux les uns que les autres. Avant de partir, je découvre que la brasserie possède une petite particularité : elle est axée sur le développement durable. Un barman m’explique ainsi que la brasserie “produit une partie de son électricité via des panneaux solaire situés sur le toit, permettant aussi le chauffage de l’eau, sans oublier le compost de nos déchets alimentaires et le recyclage, bien entendu. C’était notre vision pour le lieu et nous sommes fiers des valeurs que nous défendons ici.

Je me dirige ensuite vers Dorset Street un caviste récemment installé dans la ville et proposant à la vente des vins naturels Néo-Zélandais, ainsi qu’une belle sélection de bières de la fabuleuse brasserie Garage Project. J’y fais quelques achats pour les prochains jours que je compte passer en pleine nature : il est temps de prendre la route en direction du Lac Tekapo, du Lac Pukaki et de Mt Cook.

Il est difficile de mettre des mots sur les émotions que j’ai pu ressentir à l’approche des deux lacs et du Mt Cook, tant les routes y menant sont extraordinaires de beauté. Les paysages sont vallonnés, mélangeant grandes étendues d’herbe et collines immaculées à perte de vue, entourant une eau à la couleur turquoise. La particularité de cette région réside dans son absence de pollution lumineuse, ce qui permet, une fois la nuit tombée, d’observer les étoiles et la voie lactée comme il est rarement possible de le faire sur terre. Les alentours du Lac Tekapo sont d’ailleurs classés dans le top 10 mondial des meilleurs endroits pour observer les étoiles. Difficile de rêver meilleur spot pour une apprécier une craft beer…

Mon périple se poursuit et je rejoins de nouveau la Côte Est et ses plages, passant par des endroits tous plus beaux les uns que les autres : Otemata, Moreaki ou encore Aramoana pour ne citer qu’eux. J’arrive enfin au village d’Oamaru, afin de retrouver Michael O'Brien et Lee-Ann Scotti, les fondateurs de la brasserie Craftwork. J’ai eu la chance de les rencontrer et de sympathiser avec eux lors de leur passage à Auckland en juin 2018 et leur avait promis de leur rendre visite durant mon périple dans l’île du Sud.

Ce qui rend Craftwork si différente des autres brasseries ? Ils sont les seuls, en Nouvelle-Zélande, à brasser uniquement des bières de style Belge. Ne cherchez donc pas de Pale Ale, d’IPA ou de Stout chez eux, leur gamme se compose exclusivement de Farmhouse Ale, de Tripel ou encore de bières acides se rapprochant des Lambic et autres Gueuze. Le couple brasse avec passion dans leur cave depuis 2015, sur un petit système de 2 x 50L, leur octroyant donc une capacité de production très limitée. Mais “2019 est venu marquer un tournant pour la brasserie”, m’explique Michael et Lee-Ann, puisqu’ils viennent d’investir un tout nouveau lieu dans le centre d’Oamaru, leur permettant ainsi multiplier par 5 leur capacité de production, de stocker beaucoup plus de fûts pour le vieillissement de leurs bières et surtout, de pouvoir expérimenter encore un peu plus la fermentation spontanée avec l’installation de deux grands bacs au centre de la brasserie. Une taproom est également sur le point d’ouvrir, permettant la dégustation sur place ou la vente à emporter. Une expansion bien méritée pour ce couple, tombé fou amoureux des bières belges lors d’un voyage dans le plat pays il a de cela quelques années.

Notre discussion se poursuit et je profite de ma présence pour goûter leur Sour Ale joliment nommée Bruxelles Ma Belle avant de reprendre la route. Je quitte Michael et Lee-Ann en cette fin d’après-midi sous le soleil, un sourire aux lèvres, heureux de voir que le projet qui les transporte depuis 4 ans maintenant porte ses fruits, heureux de les voir si épanouis. Prochain arrêt : la ville étudiante de Dunedin, aussi appelé “L’Edimbourg de Nouvelle-Zélande”.

Dunedin n’a pas la réputation d’être une grande ville de bière, si ce n’est par la présence d’une des plus grosses marques de Nouvelle-Zélande: Emersons. La brasserie, rachetée en 2012 par le groupe Lion / Kirin, ne peut plus être considérée comme “craft” tant par sa taille, que par ses nouveaux propriétaires. Néanmoins, elle fait la fierté de ses habitants et se retrouve à la pression dans la quasi-totalité des bars du coin. Je passe ainsi la soirée dans l’établissement Albar, l’occasion pour moi de goûter Pale ale et IPA en compagnie de quelques français croisés sur la route. Les bars et les rues sont plutôt calmes en ce vendredi soir, les étudiants ayant déserté les lieux pour les vacances d’été.

La suite du roadtrip m'emmène vers la pointe sud du pays, sauvage et loin de l’agitation des villes, à la rencontre des rarissimes “manchots antipodes” (Yellow Eyed Penguins en anglais) ou encore d’une colonie de dauphins Hector, les plus petits au monde, endémiques à la Nouvelle-Zélande. Il est ensuite temps de me diriger vers l’ouest et les fjords de Milford Sound, ce qui restera probablement comme l’une des plus belles expériences qu’il m’a été donné de vivre durant ce roadtrip. Un lieu majestueux, où la mer rencontre les montagnes, qui me transporte dans un tout autre univers le temps d’une excursion dans des paysages à couper le souffle.

Retour à la civilisation lors de mon arrivée dans les Alpes du Sud de la Nouvelle-Zélande, mais également retour aux visites de brasseries ! Je débute mes découvertes brassicoles de la région par un passage chez Altitude Brewing situé dans la très prisée Queenstown. Le lac Wakatipu borde la ville, avec son eau d’une pureté quasi inégalée et fait la joie des baigneurs les moins frileux, alors que les plus téméraires graviront plutôt les montagnes avoisinantes pour y pratiquer du VTT de descente, du saut à l’élastique ou encore du parapente.

Altitude Brewing, fondée en 2013 par Eliott Menzies et Eddie Gapper, se situe dans une petite zone industrielle et produit environ 200 000 litres de bière par an (dont une majorité brassés en contract brewing). Leur gamme reste plutôt classique dans l’ensemble, avec à la pression lors de ma visite : une Pilsner, une Pale ale, une IPA, une Red IPA et une Hefeweizen. Je profite de mon rapide passage à la brasserie pour remplir un growler de leur Pale Ale, que je déguste sur mon campement une fois la nuit tombée.

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Le lendemain, il est temps de me diriger vers la petite ville voisine de Wanaka. Tout comme Queenstown, elle est bordée d’un lac et entourée de montagnes majestueuses, mais il y règne une atmosphère beaucoup plus calme. Une douce impression de liberté m’envahit alors que je découvre les environs. Je profite des 27 degrés et du soleil rayonnant ce jour là pour piquer une tête dans le lac Wanaka avant de me rendre à Gordon Rd, rue abritant deux brasseries différentes à la sortie du centre-ville.

Le premier stop s’effectuera chez Rhyme & Reasons, dont la tap room est déjà noire de monde à 16h30. Installée dans un ancien entrepôt, le lieu est inondé de soleil en cette fin d’après-midi et je prends quelques minutes pour discuter avec le barman, avant un nouvel afflux de clients. Il m’explique que les deux propriétaires, Jessica Wolfgang and Simon Ross, avaient l’habitude de venir skier dans la région durant la période hivernale depuis des années. Lorsqu’il a fallu décider d’une ville dans laquelle monter leur projet de brasserie, ils n’ont pas hésité une seule seconde : Wanaka était une évidence. Fondée en 2017, la brasserie a une capacité de production de 1,200 litres et possède déjà une certaine réputation dans l’ensemble de la Nouvelle-Zélande pour ses bières aventureuses et de qualité.

Une atmosphère toute particulière se dégage de la tap room, les gens se mélangent et échangent, entre ouvriers terminant leur journée de travail autour d’une bière, amis se retrouvant pour l’apéritif ou encore familles venues profiter de la terrasse calme et ensoleillée… Un parfait exemple d’une brasserie devenue un lieu incontournable au sein de la communauté locale. Je m’installe sur une table, une Hoppy Wheat Beer à la main, et j’observe ces instants de vie tout en réalisant que c’est justement pour ce genre de moments que j’ai également choisi de faire ce voyage.

De l’autre côté de la rue, Ground Up Brewing ne possède pas de bar à proprement parler, mais plutôt un local leur permettant de vendre leurs bouteilles, cannettes et growlers à emporter. Je me décide pour un pack de 6 bières différentes afin de découvrir leur gamme et je rejoins quelques amis rencontrés le jour même sur les bords du lac Wanaka pour une douce soirée d’été à refaire le monde tout en dégustant des bières locales. Des souvenirs encore plein la tête…

Les jours suivants, les kilomètres s’enchaînent sur la côte ouest et je remonte doucement vers la pointe Nord de l’île du Sud. Il me reste encore une étape cruciale dans mon roadtrip : la région de Nelson et la randonnée d’Abel Tasman. Cette région me tient particulièrement à coeur puisque c’est ici que poussent les houblons Néo-Zélandais les plus réputés. Je roule à travers les champs de houblons et les vignes, le soleil venant s’écraser contre mon pare-brise et remplir l’habitacle de sa douce chaleur. En passant par la ville de Riwaka, je remplis mon growler à la brasserie Hop Federation. Une Pale Ale aux arômes de fruits tropicaux, brassée avec des houblons tous produits localement (NZ Pacific Jade, Riwaka, NZ Cascade et Nelson Sauvin) et qui sera des plus agréables en cette fin de journée. Mais il s’agit de rester sage : demain j’ai pour objectif de parcourir une partie de la randonnée d’Abel Tasman et il me faudra du repos et de la force !

Cette randonnée fait partie des 9 “great walks” de Nouvelle-Zélande, des marches réputées pour être parmi les plus belles du pays, à travers des paysages plus somptueux les uns que les autres. Je passerai ainsi 7h à arpenter les sentiers d’Abel Tasman, 7h au paradis. La mer de Tasman sur ma gauche et de denses forêts sur ma droite, cette marche symbolise finalement tout ce que la Nouvelle-Zélande peut offrir à ses visiteurs, avec ses plages de sable blanc, son eau turquoise, ses oiseaux extraordinaires, ces rivières, ces montagnes et surtout son calme et sa tranquillité.

Je sais également que ces quelques heures passées en solitaire viennent marquer la fin de mon périple dans l’île du sud. Un voyage bien plus incroyable que ce j’avais imaginé, où l’omniprésente nature Néo-Zélandaise m’a offert parmi les plus beaux souvenirs de ma vie. Les paysages y sont d’une grande singularité. Les collines vertes, les routes sinueuses, les moutons dispersés dans les champs, les bords de mer immaculés de construction, les forêts à la végétation si dense et diversifiée, les plages de sable noir ou blanc s’étendant sur des centaines de mètres… A vrai dire, ces paysages ressemblent à ce que l’on peut parfois croiser en France, en Norvège ou encore en Ecosse. Mais, à cette différence près qu’ils se retrouvent ici rassemblés dans un seul et même pays, se mêlant les uns aux autres dans une parfaite harmonie.

En cette fin janvier, il est temps pour moi de reprendre le ferry en direction de Wellington. Je repense à ces paysages, mais aussi à ces découvertes, à ces rencontres et je me sens chanceux. Chanceux d’avoir posé les pieds sur une terre si particulière, chanceux d’avoir croisé la route de personnes si différentes, chanceux d’avoir goûté toutes ces bières, d’avoir vu la passion du monde brassicole animer tant de vies. Et je sais que cette aventure restera gravée à jamais dans mon coeur.

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