Marrickville, berceau de la craft beer à Sydney

Marrickville, berceau de la craft beer à Sydney

Des souvenirs encore plein la tête, mon année en Nouvelle-Zélande venait de se terminer. Ce n’était pourtant que la fin d’un chapitre, annonçant une nouvelle étape se profilant déjà pour 2019 : l’Australie et son immensité. A croire que quitter l’Océanie est plus difficile qu’il n’y paraît, ou alors qu’il est tout simplement compliqué d’arrêter le voyage, une fois que l’on y a pris goût.

Pour ce premier article sur le pays de tous les dangers, je souhaitais m’attarder sur Marrickville, un quartier de Sydney qui m’a tout particulièrement marqué lors de ma visite dans la métropole Australienne. Plutôt excentré des principales attractions de la ville, Marrickville a la particularité de concentrer cinq brasseries en son sein, toutes situées à quelques minutes les unes des autres. Sydney n’étant pas réputée pour sa culture brassicole, je fus plutôt étonné de découvrir autant de brasseries artisanales dans un si petit périmètre. Mais il m’a suffit d’un seul samedi après-midi pour me rendre compte que Marrickville possédait réellement quelque chose de différent, à l’abri de l’agitation de cette ville tentaculaire.

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Les quartiers de Newtown et Surry Hills furent longtemps considérés comme les endroits les plus branchés de Sydney. Mais ça, c’était avant l’avènement de Marrickville et de ses multiples restaurants, cafés, bars, brasseries artisanales… Sans oublier sa population multi-culturelle, mélangeant familles, étudiants et artistes, tous venus chercher des loyers plus abordables et un cadre de vie plus agréable. Ce dernier se traduisant par des rues plutôt calmes, une connexion rapide avec le centre de Sydney via le métro, de multiples espaces verts et surtout par de l’espace. Beaucoup d’espace.

C’est d’ailleurs cet espace disponible qui a séduit les brasseries implantées à Marrickville, profitant du passé industriel du quartier pour s’installer dans d’anciennes usines et entrepôts, profitant ainsi des hauts plafonds nécessaires à l’installation des imposantes cuves de fermentation, ainsi qu’à l’ensemble du matériel brassicole. Mais ce renouveau fût également rendu possible par la mairie de Marrickville qui, souhaitant redynamiser le quartier, en a profité pour prioriser les projets attrayants et tournés vers la communauté locale. C’est ainsi que cinq brasseries artisanales ont pu voir le jour en une dizaine d’années, venant côtoyer les bars et restaurants émergeants, drainant avec elles une population éclectique et avide de découvertes. Faute de temps, je n’ai pas eu la possibilité de visiter l’ensemble des brasseries de Marrickville, mon article se concentrera donc uniquement sur les suivantes : Batch Brewing Co, The Grifter Brewing Co et Wildflower Brewing Co. Trois brasseries possédant une identité singulière et proposant toutes de très bonnes bières brassées sur place, évidemment.

La plus développée d’entre-elles reste sûrement Batch Brewing Company, fondée en 2013 par Andrew Fineran et Chris Sidwa, deux expatriés américains passionnés de craft beer. C’est cette brasserie et son bar attenant que j’ai le plaisir de découvrir en premier, après avoir passé 30 minutes à visiter les installations grâce à un tour guidé, tout en dégustant quatre de leurs créations. Les cuves de fermentation sont visibles depuis le bar, un lieu accueillant et chaleureux mélangeant vieux canapés en cuir, tables en bois, ampoules à filaments, chaises et tabourets en métal. De nombreux habitants du quartier viennent y déguster l’une des 10 bières disponibles la pression, tout en avalant des burgers provenant du camion de street food installé devant l’entrée des lieux. En effet, si le bar ne propose que quelques snacks à grignoter, il accueille du jeudi au dimanche un ensemble de restaurateurs venant proposer burgers, tortillas ou encore street food méditerranéenne.

Côté bières, vous aurez le choix entre demis et pintes, sans oublier le plateau dégustation de 6 x 11cl pour $15. Avec ses bières pré-sélectionnées par le staff, cette option reste la meilleure pour découvrir la gamme de Batch Brewing, allant de la Lager à la Milk Stout, en passant par l’excellente West Coast IPA, la Brown Ale à la noix de coco ou encore leur bière acide infusée au fruit du dragon ! La brasserie propose également à la vente à emporter de multiples cannettes et bouteilles de leurs créations, complétant ainsi parfaitement la sélection disponible à la pression. C’est ainsi que je suis reparti avec dans mon sac une canette de leur Hay-Z New England Sour boostée aux houblons Australiens, ainsi qu’une bouteille de leur Russian Imperial Stout. Prochain arrêt : Grifter Brewing Co ! 


Fondée en 2012 par trois amis : Matt, Glenn & Trent, Grifter Brewing Co se dévoile au détour d’un cul-de-sac au sud de Marrickville. Le lieu ressemble à un immense entrepôt, les cuves de fermentation et de brassage occupant une place considérable, sans oublier les fûts et autres palettes remplies de cannettes et bouteilles vides. Le bar se trouve sur la gauche, avec ses 12 bières pressions, surmonté par un tableau d’une couleur orange délavée sur lequel s’affiche le menu des boissons. Le lieu possède une ambiance “old-school”, avec ses murs de briques rouges et blanches, son éclairage tamisé, son billard et ses cadres mêlant dessous de verres à bières, anciennes pubs et peintures. Même le logo géant, imprimé sur le mur, donne cette étrange impression d’une marque possédant 50 ans d’histoire derrière elle. Je ne suis pas totalement conquis par la déco et l’image de marque que dégage Grifter, mais ce n’est qu’une question de goûts. 

A la première lecture de la tap list, il est très vite clair que contrairement à sa déco, Grifter Brewing Co ne vit pas dans le passé : NEIPA, Watermelon Pilsner et autre Pink Lemonade Sour côtoient Stout, IPA et Pale Ale. La sélection est vaste, mêlant des styles de bières classiques australiens à d’autres beaucoup plus récents et de niche. Le bartender prendra quelques minutes pour m’expliquer que, même si certains styles disponibles à la pression sont peu communs, les fondateurs ont toujours eu pour objectif de produire des bières accessibles à tous. Pour vérifier cela, j’opterai pour un tasting paddle de 5 bières. Mon coup de coeur se portera sur la Fuzz Fizz, une bière acide inspirée du cocktail “whisky sour” : du jus de pomme, du lactose, de la cannelle, le tout fermenté avec des copeaux de fûts en chêne ayant précédemment servi à la conservation d’un whisky. Une bière complexe et étonnante, comme jamais je n’avais goûté auparavant. Je n’oublie également pas leur West Coast IPA, sèche et intensément houblonnée, qui viendra ravir mes papilles. Côté food, la brasserie ne possède pas à proprement parler de cuisine mais, à l’instar de Batch Brewing, accueille du vendredi au dimanche des food trucks différents, installés à l’entrée. J’en profiterai donc pour grignoter un peu avant de reprendre la route en direction du dernier lieu que je souhaitais visiter : Wildflower Brewing Co.


La brasserie Wildflower Brewing Co est noire du monde lorsque j’arrive sur les lieux. La plupart des tables sont occupées par des groupes d’amis et il y règne une atmosphère joviale et détendue. Il me suffit de quelques secondes pour découvrir que le lieu n’a rien d’ordinaire : aucun fermenteur visible, aucune cuve en acier, aucun matériel de brassage, un unique bar monté derrière une toute petite table, pas de verres à pintes… Mais surtout, une cinquantaine de tonneaux, empilés les uns sur les autres et disposés le long de la plupart des murs. 

Fondée par le brasseur Topher Boehm et son acolyte Chris Allen, la brasserie se différencie des autres présentes à Marrickville par son focus sur les bières de fermentation spontanées. En effet, après avoir travaillé 4 ans en tant que brasseur à Sydney, Topher s’inspira de ces voyages en Europe et aux USA pour monter sa propre brasserie, proposant des bières travaillées à partir de levures sauvages et/ou vieillies en fûts de vin, bourbon, whisky… Chris et lui ont également eut à coeur de développer leur propre culture de levures sauvages, venant de l’état du New South Wales, leur permettant de multiplier les expériences lors des différents brassins.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas à Wildflower que vous aurez l’occasion d’avaler de multiples pintes de bière blonde, même si une Lager et une IPA se retrouvent parfois à la carte. Ici, on parle avant tout de dégustation, avec des verres n’excédant pas les 25cl. Lors d’une visite, vous aurez d’ailleurs la possibilité de comparer une même bière issue d’années différentes, vieillie plus ou moins longtemps en fût, ou même encore d’y goûter un mélange (blend) entre bière et vin ! J’attendais beaucoup de cette brasserie, et le résultat est à la hauteur de mes espérances : les bières sont d’une grande qualité, proches de ce qu’il est possible de trouver en Belgique, terre natale des bières de fermentation spontanées (gueuzes et lambics, entre autres). Le lieu possède une atmosphère toute particulière et apaisante, donnant l’étrange impression de se trouver loin de tout, perdu au milieu de la campagne et non pas en plein coeur de Sydney. Les deux fondateurs de la brasserie sont passionnés et n’hésitent pas à discuter, partager, avec les consommateurs présents sur place en ce samedi après-midi pluvieux. Je repars de là avec un vrai coup de coeur pour Wildflower Brewing Co qui, je l’espère, réussira à se faire une vraie place dans le paysage brassicole australien, jusque là inondé par les lager et autres Pale Ale.

Il est temps pour moi de reprendre ma route vers le centre de Sydney après une journée bien remplie et riche en découvertes. J’ai trouvé à Marrickville ce qui me plaît le plus dans le milieu de la bière artisanale : de la passion, du partage, de nouveaux goûts, de l’inventivité et surtout, un ancrage profond dans la culture locale, avec des brasseries représentant fièrement le quartier de Marrickville et ses habitants.

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